lundi 22 décembre 2008
dimanche 21 décembre 2008
Robert Desnos, 1900-1945

8 février 1944:
« Ce que j'écris ici ou ailleurs n'intéressera sans doute dans l'avenir que quelques curieux espacés au long des années. Tous les vingt-cinq ou trente ans on exhumera dans des publications confidentielles mon nom et quelques extraits, toujours les mêmes. Les poèmes pour enfants auront survécu un peu plus longtemps que le reste. J'appartiendrai au chapitre de la curiosité limitée. Mais cela durera plus longtemps que beaucoup de paperasses contemporaines. »
Œuvres, Robert Desnos, Gallimard, Quarto, 1999, nouvelle édition.
Des poèmes et une biographie très rapide: cliquez
vendredi 19 décembre 2008
Gerda Taro, 1911-1937

Gerda Pohorylles, dite Gerda Taro, née le 1er août 1910 à Stuttgart, morte le 28 juillet 1937 pendant la bataille de Brunete en Espagne est une photographe allemande connue notamment pour ses reportages sur la Guerre d'Espagne.
Ses convictions politiques antifascistes allaient de pair avec son engagement artistique.
Diaporama du NY Times: cliquez
Article et diapos de l'International Center of Photography: cliquez
John Donne, 1572-1631

"Nul homme n'est une Ile complète en soi-même; tout homme est un morceau du Continent, une part du tout; si une parcelle de terrain est emportée par la Mer, l'Europe en est lésée, tout de même que s'il s'agissait d'un promontoire, tout de même que s'il s'agissait du Manoir de tes amis ou du tien propre, la mort de tout homme me diminue parce que je suis solidaire du genre humain. Ainsi donc, n'envoie jamais demander: pour qui sonne le glas ; il sonne pour toi."
Introduction de "Pour qui sonne le Glas", E. Hemingway, 1940
mercredi 17 décembre 2008
Baltasar Gracián, 1601-1658

Nous sommes anticléricaux primaires, mais il y exeption pour un jésuite du 17e siècle...
CRITICON, CRISIS VI
Cacus politique
Ils furent encore plus émerveillés d'un personnage qui, chevauchant un renard, allait rebours et jamais droit, s'écartant au contraire du droit chemin, tournant et retournant sur tous les bords. Et tous ceux de son cortège faisaient de même, jusqu'à un vieux chien qui lui faisait d'ordinaire escorte.
[...]
-- N'avez-vous jamais entendu parler du fameux Cacus ? Eh bien celui-ci est le Cacus, ou plutôt, le cactus de la Raison d'État. C'est de la sorte, à l'envers, que, de nos jours, agissent les hommes d'état. Ils agissent ainsi pour embrouiller les observateurs, pour brouiller les commentaires. Ils ne voudraient surtout pas que, par le moyen des traces, on suivît la piste de leur fin. Ils visent un côté mais frappent de l'autre. Ils publient un dessein mais en exécutent un autre. Pour dire non, ils disent oui. Toujours à l'envers, codant par des signes contradictoires, leur victoire ou leur défaite. Pour les percer, il faudrait un autre Hercule qui, par la ruse et la force découvre la trace de leurs pas et châtie leurs intrigues.
L'Homme de cour en ligne cliquez
mardi 16 décembre 2008
Serge Gainsbourg, 1961
Interview publiée avec le premier disque de Serge Gainsbourg:
- Si vous n'aviez pas été vous, qui auriez-vous aimé être?
- Le marquis de Sade (réponse immédiate). Robinson Crusoé (après réflexion).
- Votre phrase préférée de Baudelaire?
- L'étrangeté est une des parties intégrantes du beau.
- Sur une île déserte vous emporteriez...
- 7 livres: "Une vieille maîtresse" de Barbey d'Aurevilly, les poésies de Catulle, "Don Quichotte" de Cervantès, "Adolphe" de Benjamin Constant, "Les Contes fantastiques" de Poe, les contes de Grimm et de Perrault.
- 5 disques: Schönberg, Bartok, Johnnie Ray, Stan Kenton, Ray Conniff.
- 5 femmes: Mélisande, Ophélie, Peau d'âne, une manucure, Vivien Leigh. Et un blue-jean.
lundi 15 décembre 2008
Gilles Deleuze, 1977

Ce texte de Gilles Deleuze a été publié comme Supplément au n°24, mai 1977, de la revue bimestrielle Minuit.
-Que penses-tu des « nouveaux philosophes » ?
Rien. Je crois que leur pensée est nulle. Je vois deux raisons possibles à cette nullité. D'abord ils procèdent par gros concepts, aussi gros que des dents creuses, LA loi, LE pouvoir, LE maître, LE monde, LA rébellion, LA foi, etc. Ils peuvent faire ainsi des mélanges grotesques, des dualismes sommaires, la loi et le rebelle, le pouvoir et l'ange. En même temps, plus le contenu de pensée est faible, plus le penseur prend d'importance, plus le sujet d'énonciation se donne de l'importance par rapport aux énoncés vides (« moi, en tant que lucide et courageux, je vous dis..., moi, en tant que soldat du Christ..., moi, de la génération perdue..., nous, en tant que nous avons fait mai 68..., en tant que nous ne nous laissons plus prendre aux semblants... »). Avec ces deux procédés, ils cassent le travail. Car ça fait déjà un certain temps que, dans toutes sortes de domaines, les gens travaillent pour éviter ces dangers-là. On essaie de former des concepts à articulation fine, ou très différenciée, pour échapper aux grosses notions dualistes. Et on essaie de dégager des fonctions créatrices qui ne passeraient plus par la fonction-auteur (en musique, en peinture, en audio-visuel, en cinéma, même en philosophie). Ce retour massif à un auteur ou à un sujet vide très vaniteux et à des concepts sommaires stéréotypés, représente une force de réaction fâcheuse. C'est conforme à la réforme Haby : un sérieux allègement du « programme » de la philosophie.
- Dis-tu cela parce que B.-H. Lévy vous attaque violemment, Guattari et toi, dans son livre "La barbarie à visage humain"?
Non, non, non. Il dit qu'il y a un lien profond entre L'Anti-Oedipe et « l'apologie du pourri sur fumier de décadence » (c'est comme cela qu'il parle), un lien profond entre L'Anti-oedipe et les drogués. Au moins, ça fera rire les drogués. Il dit aussi que le Cerfi est raciste : là, c'est ignoble.
Il y a longtemps que je souhaitais parler des nouveaux philosophes, mais je ne voyais pas comment. Ils auraient dit tout de suite : voyez comme il est jaloux de notre succès. Eux, c'est leur métier d'attaquer, de répondre, de répondre aux réponses. Moi, je ne peux le faire qu'une fois. Je ne répondrai pas une autre fois. Ce qui a changé la situation pour moi, c'est le livre d'Aubral et de Delcourt, Contre la nouvelle philosophie. Aubral et Delcourt essaient vraiment d'analyser cette pensée, et ils arrivent à des résultats très comiques. Ils ont fait un beau livre tonique, ils ont été les premiers à protester. Ils ont même affronté les nouveaux philosophes à la télé, dans l'émission « Apostrophes ». Alors, pour parler comme l'ennemi, un Dieu m'a dit qu'il fallait que je suive Aubral et Delcourt, que j'aie ce courage lucide et pessimiste.
- Si c'est une pensée nulle, comment expliquer qu'elle semble avoir tant de succès, qu'elle s'étende et reçoive des ralliements comme celui de Sollers ?
Il y a plusieurs problèmes très différents. D'abord, en France on a longtemps vécu sur un certain mode littéraire des « écoles ». Et c'est déjà terrible, une école : il y a toujours un pape, des manifestes, des déclarations du type « je suis l'avant-garde », (les excommunications, des tribunaux, des retournements politiques, etc. En principe général, on a d'autant plus raison qu'on a passé sa vie à se tromper, puisqu'on peut toujours dire « je suis passé par là ». C'est pourquoi les staliniens sont les seuls à pouvoir donner des leçons d'antistalinisme. Mais enfin, quelle que soit la misère des écoles, on ne peut pas dire que les nouveaux philosophes soient une école. Ils ont une nouveauté réelle, ils ont introduit en France le marketing littéraire ou philosophique, au lieu de faire une école. Le marketing a ses principes particuliers :
1. il faut qu'on parle d'un livre et qu'on en fasse parler, plus que le livre lui-même ne parle ou n'a à dire. A la limite, il faut que la multitude des articles de journaux, d'interviews, de colloques, d'émissions radio ou télé remplacent le livre, qui pourrait très bien` ne pas exister du tout.
C'est pour cela que le travail auquel se donnent les nouveaux philosophes est moins au niveau des livres qu'ils font que des articles à obtenir, des journaux et émissions à occuper, des interviews à placer, d'un dossier à faire, d'un numéro de Playboy. Il y a là toute une activité qui, à cette échelle et à ce degré d'organisation, semblait exclue de la philosophie, ou exclure la philosophie.
2. Et puis, du point de vue d'un marketing, il faut que le même livre ou le même produit aient plusieurs versions, pour convenir à tout le monde une version pieuse, une athée, une heideggerienne, une gauchiste, une centriste, même une chiraquienne ou néo-fasciste, une « union de la gauche » nuancée, etc. D'où l'importance d'une distribution des rôles suivant les goûts. Il y a du Dr Mabuse dans Clavel, un Dr Mabuse évangélique, Jambet et Lardreau, c'est Spöri et Pesch, les deux aides à Mabuse (ils veulent « mettre la main au collet » de Nietzsche). Benoist, c'est le coursier, c'est Nestor. Lévy, c'est tantôt l'imprésario, tantôt la script-girl, tantôt le joyeux animateur, tantôt le dise-jockey. Jean Cau trouve tout ça rudement bien ; Fabre-Luce se fait disciple de Glucksmann ; on réédite Benda, pour les vertus du clerc. Quelle étrange constellation...
bientôt la suite...
dimanche 14 décembre 2008
Simone Weil, 1936
"1936 ne fut pas seulement des manifestations bon enfant et des meetings gigantesques, associés dans la mémoire populaire aux congés payés et à la semaine de 40 heures: il s'agissait d'une gigantesque grève de masse, suscitée dans la classe ouvrière par la volonté de battre le fascisme, d'empêcher la guerre et d'imposer une autre société"Simone Weil (1909-1943)
Agrégée de philosophie et écrivain
Manœuvre chez Alsthom en 1934-1935
Un lien pour mieux la connaitre
samedi 13 décembre 2008
Donald Westlake, "361", 1962
.../ J'avais lu un jour un recueil de nouvelles écrites par un certain Frédéric Brown. Dans l'une d'elles, il cite cette légende du paysan qui traverse une forêt hantée en se disant: "je suis un homme bon et je n'ai jamais fait de mal à personne. Si les démons peuvent m'atteindre, c'est qu'il n'y a pas de justice, et une voix dans son dos lui dit "il n'y a pas de justice". /...mercredi 10 décembre 2008
Warren Buffet, 2006
"There’s class warfare, all right, but it’s my class, the rich class, that’s making war, and we’re winning."l'article source, New York Times, 26/11/2006: cliquez
Il y a une guerre de classes, c’est sûr, mais c’est ma classe, la classe des riches, qui fait la guerre et nous sommes en train de gagner.
Warren Buffet, fortune estimée à 58 milliards de dollars
dimanche 7 décembre 2008
Jacques Prevert, 1955
Kabyles de la Chapelle et des quais de Javelhommes des pays lointains
cobayes des colonies
Doux petits musiciens
soleils adolescents de la porte d’Italie
Boumians de la porte de Saint-Ouen
Apatrides d’Aubervilliers
brûleurs des grandes ordures de la ville de Paris
ébouillanteurs des bêtes trouvées mortes sur pied
au beau milieu des rues
Tunisiens de Grenelle
embauchés débauchés
manœuvres désœuvrés
Polacks du Marais du Temple des Rosiers
Cordonniers de Cordoue soutiers de Barcelone
pêcheurs des Baléares ou bien du Finistère
rescapés de Franco
et déportés de France et de Navarre
pour avoir défendu en souvenir de la vôtre
la liberté des autres
tiraillés et parqués
au bord d’une petite mer
où peu vous vous baignez
Esclaves noirs de Fréjus
qui évoquez chaque soir
dans les locaux disciplinaires
avec une vieille boîte à cigares
et quelques bouts de fil de fer
tous les échos de vos villages
tous les oiseaux de vos forêts
et ne venez dans la capitale
que pour fêter au pas cadencé
la prise de la Bastille le quatorze juillet
Enfants du Sénégal
dépatriés expatriés et naturalisés
Enfants indochinois
jongleurs aux innocents couteaux
qui vendiez autrefois aux terrasses des cafés
de jolis dragons d’or faits de papier plié
Enfants trop tôt grandis et si vite en allés
qui dormez aujourd’hui de retour au pays
le visage dans la terre
et des bombes incendiaires labourant vos rizières
On vous a renvoyé
la monnaie de vos papiers dorés
on vous a retourné
vos petits couteaux dans le dos
Étranges étrangers
Vous êtes de la ville
vous êtes de sa vie
même si mal en vivez
même si vous en mourez.

